Une étude de la VUB met en lumière la résilience des réfugiés malgré les défis systémiques

Dans le débat public sur la réinstallation des réfugiés, une perspective essentielle est souvent négligée : celle des réfugiés eux-mêmes.

Pour son doctorat, la Dr Hanna E. Schneider (du Brussels Interdisciplinary Research Centre on Migration and Minorities – BIRMM à la VUB) a porté un regard critique sur la complexité de la réinstallation des réfugiés. Elle a examiné à la fois la capacité d’action des réfugiés et les obstacles structurels qui influencent leur parcours.

Les recherches de Schneider montrent que les réfugiés s'efforcent activement de traverser le processus de réinstallation – en recherchant des informations, en établissant des relations avec des acteurs humanitaires, et en prenant des décisions concernant les offres de réinstallation. Toutefois, ces efforts sont souvent entravés par des barrières systémiques. Des procédures inefficaces, un manque de transparence dans la prise de décision, et une incertitude persistante privent fréquemment les réfugiés du contrôle sur leur avenir.

À partir d’un travail de terrain mené en Allemagne, en Jordanie et en Turquie, la Dr Schneider a analysé la manière dont les réfugiés interagissent avec les institutions qui gèrent la réinstallation dans des pays tiers – un canal légal rare vers une protection internationale. La réinstallation consiste à transférer des réfugiés d’un pays d’accueil vers un pays tiers qui leur offre une protection permanente et un droit de séjour. Les résultats de Schneider révèlent un double récit : les réfugiés font preuve d’initiative en collectant des informations, en mobilisant leurs réseaux sociaux et en choisissant eux-mêmes d’accepter ou non la réinstallation, mais leurs choix sont limités par les inefficiences du système, une prise de décision opaque, et une incertitude prolongée, les laissant souvent dans un état de « précarité prolongée ».

« Les réfugiés ne sont pas de simples bénéficiaires passifs d’aide », explique Schneider. « Ils naviguent activement à travers le processus de réinstallation, malgré des contraintes considérables. Mais les systèmes censés leur offrir une protection aggravent souvent leur incertitude. »

L’étude souligne que la réinstallation dépasse un simple processus bureaucratique – c’est un parcours profondément humain, façonné par l’espoir, la peur et une influence limitée sur le système. Les réfugiés doivent démontrer leur vulnérabilité pour être éligibles, tout en étant censés s’adapter rapidement à un nouveau pays – une contradiction qui engendre une pression émotionnelle et psychologique accrue.

Un aspect important et souvent négligé que Schneider met en évidence est le refus, par certains réfugiés, des offres de réinstallation. Ces décisions sont influencées par des liens familiaux forts, un attachement culturel au pays d’accueil ou au pays d’origine, la peur de perdre leur identité, et un manque d’informations sur le pays de destination. Ces choix doivent souvent être faits sous pression temporelle, ce qui peut entraîner des regrets lorsque les conditions se dégradent dans le pays d’accueil. L’étude révèle que ces refus sont le fruit de facteurs complexes : relations personnelles, considérations culturelles, peur de l’inconnu et obstacles pratiques tels que la désinformation ou le manque de ressources.

À une époque où les programmes internationaux de réinstallation sont sous pression, la recherche de Schneider appelle les décideurs politiques à accroître la transparence, à accélérer les procédures et à remédier aux inefficacités structurelles. Ces réformes sont essentielles pour permettre aux réfugiés de faire des choix éclairés et d’aborder le processus de réinstallation avec plus de certitude et de soutien.

La récente suspension du programme belge de réinstallation a des conséquences majeures : elle réduit les voies sûres pour les réfugiés les plus vulnérables au monde et affaiblit la solidarité internationale envers les pays d’accueil. La reprise de la réinstallation est cruciale pour relever ces défis. L’étude de Schneider offre des pistes précieuses pour un système plus efficace et plus humain. En plaçant les expériences des réfugiés et les obstacles structurels au centre, elle propose des mesures concrètes pour alléger la bureaucratie, améliorer la communication et fournir un soutien émotionnel et culturel – en vue d’un processus de réinstallation garantissant dignité et protection.


Références :

  • Schneider, H. (2021). Implementing the Refugee Resettlement Process: Diverging Objectives, Interdependencies and Power Relations. Frontiers in Political Science, 3. https://doi.org/10.3389/fpos.2021.629675
  • Schneider, H. (2024). Intentions, Strategies, and Actions: How Refugees Exert Agency in the Resettlement and Humanitarian Admission Process from Jordan and Turkey to Germany. Refuge: Canada’s Journal on Refugees, 40(2), Article 2.

 


Contact:

Dr. Hanna E. Schneider (ENG & DE)
Email: hanna.schneider@vub.be
Tel: disponible sur demande

 

Koen Stein

Koen Stein

Perscontact wetenschap & onderzoek

 

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