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Professeur de la VUB : « Le premier journal est apparu il y a 500 ans »

Plan imprimé du siège de Pavie en 1525. Gravure sur bois rehassée de couleurs (22 x 30 cm), probablement imprimée à Bâle en 1525. Conservée à Pavie, Musei Civici (photo Pieter Martens, 2022).

De nos jours, il nous semble évident que chaque article de presse soit accompagné d’une image marquante – généralement une photo, parfois un dessin humoristique ou une infographie. Ce journalisme axé sur l’image peut sembler être un phénomène contemporain, mais selon Pieter Martens, professeur associé en histoire de l’architecture à la Vrije Universiteit Brussel (VUB), la soif d’images d’actualité remonte à plusieurs siècles.

« On peut même affirmer que le journalisme visuel a fêté ses 500 ans hier exactement », déclare Martens. « Le 24 février 1525 a eu lieu la célèbre bataille de Pavie. Les troupes françaises, qui assiégeaient la ville du nord de l’Italie, furent écrasées par l’armée de secours de l’empereur Charles Quint. La fine fleur de la noblesse française périt sur le champ de bataille et le roi de France fut capturé. Charles Quint lui-même n’était pas présent ce jour-là à Pavie – qui était d’ailleurs aussi son 25ᵉ anniversaire – mais la victoire éclatante de ses troupes sur son ennemi juré renforça sa position en Europe et fut largement célébrée et mise en valeur – au sens propre du terme. C’est le premier événement d’actualité à avoir été représenté à grande échelle à travers des gravures et des peintures. »

Immédiatement après la bataille, des rapports d’actualité furent imprimés : des pamphlets de quelques pages contenant un bref récit de l’événement accompagné d’une illustration. Certains étaient de la propagande, mais pas tous ; la plupart furent réalisés par des témoins oculaires, qui étaient en quelque sorte les « journalistes » de l’époque. « Ils ont en fait produit les tout premiers précurseurs du journal », explique Martens. « Des gravures d’actualité circulaient également : des gravures sur bois représentant la bataille avec quelques légendes explicatives, mais sans autre texte. Ces gravures servirent ensuite de modèles pour de nombreuses peintures commémorant la bataille sur des formats plus grands et en couleur. Environ une dizaine de ces peintures existent encore aujourd’hui. À l’époque, il devait y en avoir des centaines en circulation à travers l’Europe, allant d’œuvres médiocres sur toile à des chefs-d’œuvre raffinés sur panneau réalisés par des peintres renommés. Et elles n’étaient pas seulement destinées à l’élite fortunée. À Anvers, par exemple, de nombreux citoyens ordinaires avaient un tableau de la bataille de Pavie accroché au mur de leur maison. Jusqu’à ce que l’événement devienne obsolète quelques années plus tard et que le tableau soit remplacé par un sujet plus récent. Une sorte d’ancêtre lent et lointain de la télévision. »

L’exemple le plus impressionnant reste la magnifique série de sept tapisseries, tissées à Bruxelles quelques années après l’événement pour l’empereur lui-même et aujourd’hui exposées au musée de Capodimonte à Naples (bien qu’elles soient actuellement en tournée en Amérique). Ces tapisseries illustrent avec un détail magnifiquement coloré les scènes successives de la bataille et forment, comme on ne l’a découvert que récemment, un panorama continu de 60 mètres de large du champ de bataille. Une sorte de cinéma figé.

« La bataille de Pavie n’est certainement pas le premier événement historique à avoir été représenté en images d’actualité », précise Martens. Il a lui-même soutenu une thèse de doctorat sur l’architecture militaire au XVIᵉ siècle – le siècle où l’on commence à produire des images relativement fiables des sièges et positions militaires. « Cependant, la bataille de Pavie marque la première occasion où cela s’est produit à une échelle aussi massive, et où le matériel visuel illustre deux innovations majeures », explique Martens. « Tout d’abord, avec l’essor de l’imprimerie, le nouveau genre de la gravure d’actualité devint extrêmement populaire en très peu de temps. Il s’agissait de gravures bon marché, publiées peu après les événements et en grand nombre, montrant des faits d’actualité remarquables à un large public – tels que des crimes atroces, des naissances miraculeuses ou des phénomènes astronomiques, mais surtout les nombreux exploits militaires des guerres de l’époque. Ensuite, pour la première fois, les images n’étaient plus de pures inventions, mais elles étaient réalisées par des témoins oculaires et se voulaient réalistes et fiables – du moins, elles prétendaient l’être. Grâce à ces gravures « prises sur le vif », le public pouvait voir les dernières nouvelles comme s’il y avait assisté lui-même. Les gens commencèrent à accorder de l’importance à la représentation fidèle des événements, des personnes et des lieux d’actualité. Ces deux innovations font du matériel visuel de la bataille de Pavie le premier exemple de ce que nous pouvons appeler le reportage visuel ‘moderne’. »

Malgré cette nouvelle attention portée à la précision topographique et factuelle, les images ne représentaient pas une reproduction exacte des événements et n’étaient pas totalement objectives non plus. Une distorsion était inévitable, qu’elle soit intentionnelle ou non. « Les croquis réalisés sur place par un témoin oculaire étaient d’abord retravaillés pour obtenir une composition habile qui résumait toutes les scènes en une seule image. Ensuite, cette image était copiée à de nombreuses reprises, avec généralement quelques modifications : des détails étaient omis, ajoutés ou modifiés. Parfois, il s’agissait d’erreurs involontaires ou de négligences, mais souvent, il s’agissait de manipulations délibérées visant à mettre en avant certains personnages ou actions. Une gravure d’actualité allemande de la bataille, par exemple, a changé le point de vue pour placer les soldats allemands au premier plan. »

« Les historiens qui souhaitent utiliser ces images comme sources doivent donc les examiner de manière critique et ne pas prendre leur prétendue crédibilité pour argent comptant », conclut Martens. « De la même manière qu’un lecteur de journal d’aujourd’hui doit analyser les images des pages d’actualité avec un regard critique. L’éducation à l’image est plus que jamais une compétence essentielle à l’ère de Photoshop et des deepfakes, mais la manipulation des images d’actualité est aussi ancienne que les images d’actualité elles-mêmes – aujourd’hui précisément depuis cinq cents ans. »

Plus d’informations

Pieter Martens (Professeur associé en histoire de l’architecture, Vrije Universiteit Brussel): Pieter.Martens@vub.be.


Frans Steenhoudt

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