Les journées de forte chaleur sont deux fois plus fréquentes en 1990 qu’en 1960 dans le bassin du Congo
Des preuves pour le réchauffement climatique tirées d'archives papier
Bruxelles 12/10/2026 - L'analyse de données météorologiques historiques récemment numérisées et transcrites, jusqu'à présent uniquement disponibles sous forme d'archives manuscrites en République démocratique du Congo et en Belgique, révèle des tendances au réchauffement constantes à travers le Bassin du Congo.
Une nouvelle étude, menée par la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et publiée aujourd’hui dans la revue Earth System Dynamics met en évidence un signal clair de réchauffement dans l’ensemble du bassin du Congo depuis les années 1960, à partir des archives météorologiques historiques de la République démocratique du Congo (RDC). Ces données proviennent des archives papier de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques (INERA) à Yangambi, en RDC, ainsi que des Archives de l’État de Belgique.
Au cours de deux campagnes de terrain menées en 2023, Derrick Muheki, chercheur à la VUB et auteur principal de l’étude, en collaboration avec le personnel de l’INERA et l’Université de Gand (UGent), a photographié plus de 9 000 fiches mensuelles manuscrites d’observations météorologiques, enregistrées dans 37 stations réparties à travers la RDC. À l’aide de MeteoSaver, un logiciel primé open source développé par Muheki à la VUB, en collaboration avec le Centre des humanités numériques de UGent, l’équipe de recherche a automatiquement transcrit ces observations dans des tableurs numériques qui ont ensuite servi à comprendre l’évolution des températures et des précipitations dans l’ensemble du bassin du Congo. La base de données ainsi constituée contient plus d’un million d’observations météorologiques quotidiennes (et parfois plus fréquentes), qui, associées aux données précédemment récupérées, constituent l’un des plus vastes ensembles de données climatiques pour la région du bassin du Congo, jusqu’alors négligée par la communauté scientifique.
Après avoir analysé cette nouvelle base de données, les auteurs documentent pour la première fois l’évolution des extrêmes de chaleur dans le bassin du Congo depuis les années 1960 :
- Les températures maximales, minimales et moyennes quotidiennes ont augmenté de quelques dixièmes de degré par décennie entre 1961 et 1990. Entre 1961 et 1990, les températures maximales ont augmenté d’environ 0,7 °C, les températures minimales de 0,3 °C et les températures moyennes de 0,5 °C.
- Ce réchauffement du bassin du Congo se poursuit dans les années 2000, comme le montrent les données issues des stations météorologiques disposant d’archives plus longues.
- Chaque décennie successive montre une augmentation du nombre de journées chaudes par an, ces journées devenant de plus en plus chaudes, tandis que le nombre de journées froides diminue, ce qui correspond aux tendances observées à l’échelle mondiale. En moyenne, le nombre de journées chaudes par an a presque doublé entre les années 60 et les années 80, confirmant la tendance au réchauffement incontestable dans la région.
En analysant les données pluviométriques passées de trois stations météorologiques, les auteurs constatent également que le nombre d’épisodes de fortes précipitations a doublé dans les années 80 par rapport aux années 60 dans deux de ces stations. Cette augmentation observée de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes en RDC s’inscrit dans la tendance mondiale, liée à la hausse des températures planétaires provoquée par les émissions continues de combustibles fossiles.
Les données climatiques historiques concernant l’Afrique centrale étaient jusqu’à présent extrêmement rares, et cette base de données en libre accès apporte de nouvelles observations permettant de définir le contexte climatique d’une région aujourd’hui fortement touchée par le changement climatique. Elle fournit également des informations importantes pour évaluer et améliorer les modèles climatiques dans la région et souligne l’importance des efforts de sauvegarde des données à l’échelle mondiale.
Derrick Muheki, auteur principal de l'étude et doctorant à la VUB, dit :
“En constatant à quel point ces archives papier étaient fragiles lors de ma visite à l’INERA, j’ai pris conscience de l’urgence de ce travail de sauvegarde des données. Quelques mois seulement avant ma visite, une partie des archives avait été endommagée par un incendie. Nous aurions pu perdre des décennies de données irremplaçables… L’accès à davantage de ces documents nous aidera à affiner nos reconstitutions de l’histoire climatique ou à améliorer nos projections sur les changements climatiques futurs dans cette partie du monde, où l’adaptation aux impacts climatiques est déjà une nécessité.”
Wim Thiery, auteur senior de l'étude et professeur à la VUB, dit :
“Nos recherches apportent de nouvelles observations du changement climatique dans cette région où les données sont rares, mais qui a une importance climatique majeure. En effet, l’Afrique centrale reste l’une des rares régions où le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) n’a pas pu confirmer une augmentation des épisodes de chaleur extrême, en grande partie en raison du manque d’observations historiques et d’études scientifiques. Nos travaux soulignent en outre le besoin urgent de multiplier les projets de numérisation des données, en particulier dans les régions où celles-ci sont rares, afin de combler les lacunes dans la connaissance des tendances climatiques. Cela revêt une importance particulière pour les régions du Sud qui sont déjà aujourd’hui gravement touchées par le changement climatique. Ces régions sont les moins responsables des changements climatiques, mais en subissent pourtant de plein fouet les conséquences ; ces nouvelles observations contribueront à éclairer la prise de décision en matière d’adaptation et de transition juste.”
Vous trouverez un dossier de presse complet en cliquant sur ce lien. Il contient: le communiqué de presse en plusieurs langues, l'article de recherche et les études précédentes, ainsi que des photos et des cartes illustrant l'étude. |
Contact
Auteur principal: Derrick Muheki, Department of Water and Climate, Vrije Universiteit Brussel; derrick.muheki@vub.be, +32 470 34 64 23.
Auteur senior: Prof. Dr. Wim Thiery, Department of Water and Climate, Vrije Universiteit Brussel; wim.thiery@vub.be, +32 2 629 30 29.
Policy Impact Lead: Dr. Marie Cavitte, Department of Water and Climate, Vrije Universiteit Brussel; marie.cavitte@vub.be, +32 470 19 24 15.
Koen Stein
