Étude du Prof. Dr. Elke Van Hoof : « Les indépendants ont plus de mal à guérir du cancer en raison de l'inadéquation entre le système de sécurité sociale et leur réalité »

Étude du Prof. Dr. Elke Van Hoof : « Les indépendants ont plus de mal à guérir du cancer en raison de l'inadéquation entre le système de sécurité sociale et leur réalité »

En raison de l'insécurité (financière), les indépendants travaillent plus longtemps en étant malades, restent plus longtemps malades et rechutent plus souvent

La reprise du travail après un cancer est plus difficile chez les indépendants en raison de l'incertitude (financière) et de la discordance entre le système de sécurité sociale et les réalités de leur statut. . C'est ce que révèle une étude sur l'impact du cancer sur la vie et le bien-être des travailleurs indépendants menée par Elke Van Hoof pour le compte du Centre d'expertise en matière d'incapacité de travail de l'INAMI et de la Fondation contre le Cancer. Rester plus longtemps au travail ou y retourner plus rapidement a des conséquences médicales négatives : par rapport aux employés « libérés de tout souci », les travailleurs indépendants sont plus susceptibles de retomber en incapacité de travail ou de subir le fardeau de la maladie plus longtemps. « Un nouveau plan en matière de sécurité sociale est nécessaire pour mieux protéger les travailleurs indépendants en cas de maladie de longue durée, et ainsi éliminer leur stress. Cela permettra aux indépendants de se concentrer sur leur guérison. »

Les travailleurs indépendants subissent davantage de stress (financier) en cas de diagnostic de cancer

La sécurité sociale pour les indépendants offre aujourd'hui encore une protection insuffisante en cas de diagnostic de cancer ou de maladie de longue durée. Cela provoque un stress qui entrave la guérison ou le retour au travail. C'est ce que révèle une étude sur l'impact du cancer sur la vie et le bien-être des travailleurs indépendants menée par Elke Van Hoof de la Vrije Universiteit Brussel, en collaboration avec le Centre d'expertise en matière d'incapacité de travail de l'INAMI et la Fondation contre le Cancer. Cette étude vise à cartographier le vécu des indépendants confrontés au cancer et à comparer les similitudes et les différences entre le vécu des indépendants et celui des salariés. La grande incertitude ressentie par les indépendants est illustrée par des témoignages personnels : « J'ai continué à travailler et je n'ai jamais eu l'intention d'arrêter, car je n'avais aucune idée des allocations auxquelles j'aurais droit pour vivre. Je pensais même que je ne recevrais rien. Je pensais que je ne pouvais compter sur aucune aide. Au début, j'étais paniquée. Je ne voulais pas m'arrêter, car j'avais peur de tout perdre. »

Le cancer est un diagnostic très fréquent. En 2020, 2,7 millions de personnes ont appris qu'elles étaient atteintes d'un cancer. 90 % des patients atteints d'un cancer ont moins de 70 ans. Et un sur six travaille en tant qu'indépendant. Étant donné que 70 % des indépendants sont seuls dans leur entreprise, un diagnostic de maladie de longue durée signifie pour de nombreux d’entre eux la fermeture de leur activité. Par conséquent, les indépendants qui tombent gravement malades vivent leur diagnostic différemment des travailleurs salariés. Ils restent plus longtemps au travail après le diagnostic et prestent en moyenne des semaines de travail de 55 heures après le diagnostic . Rester plus longtemps au travail ou y retourner plus rapidement a pourtant des conséquences médicales négatives : par rapport aux employés, souvent plus sereins, les travailleurs indépendants sont plus susceptibles de retomber en incapacité de travail ou d'avoir une période de rétablissement plus longue.

« Nécessité d’une politique flexible »

Selon la Prof. Dr. Elke Van Hoof, il est nécessaire de mettre en place une politique financière plus souple pour les indépendants, mieux adaptée à leur cadre de vie. « Une première étape consiste à offrir plus de clarté aux entrepreneurs confrontés à une maladie de longue durée en mettant en place un point d'information central où les questions relatives aux prestations et aux assurances reçoivent des réponses proactives, comme cela existe actuellement pour les salariés. Mais il faut encore aller plus loin : il est temps de mettre en place pour les indépendants un cadre plus large avec une politique financière plus souple . »

Aujourd'hui, si un travailleur indépendant tombe en incapacité de travail et veut bénéficier d'une allocation, il doit en faire la déclaration et cesser toute activité professionnelle à ce moment-là. Lorsqu'il souhaite reprendre le travail , il existe un système de reprise partielle du travail en concertation avec un médecin (comme pour les salariés), mais il est peu utilisé. Les travailleurs indépendants ont souvent peur de surestimer leur capacité à travailler, de rechuter et de perdre leurs allocations. En parallèle, il existe également un système qui permet à des collègues indépendants expérimentés (retraités) de reprendre temporairement les rênes de l'entreprise. Pourtant, selon l’étude, ce système n'est pas utilisé dans la pratique et il n’y a qu’un seul remplaçant dans le registre actuel.

« De plus, la réalité du travail indépendant fait que cesser complètement le travail est souvent une utopie, ne serait-ce que pour le suivi des tâches administratives. Il faut donc que les indépendants soient davantage « soutenus», ajoute Prof. Dr. Elke Van Hoof « Le cadre juridique belge relatif au statut des indépendants ne met pas suffisamment l'accent sur la force de ce statut (la flexibilité) dans sa politique de reprise du travail. Premièrement, le fait de se concentrer sur une reprise progressive du travail peut atténuer de nombreuses inquiétudes des travailleurs indépendants. Ceux-ci peuvent alors reprendre le travail à leur propre rythme, étape par étape, sous la supervision d'un médecin, d'un psychologue ou d'un expert du travail. Cette approche a non seulement un effet positif sur le bien-être psychologique, mais permet aussi d'éviter une rechute . Ensuite, le gouvernement pourra travailler à la consolidation de l’assistance temporaire au sein de l'entreprise en ajoutant des indépendants dans le registre. »

L'étude propose des mesures concrètes pour les malades de longue durée

Bien que l'étude ait été menée auprès d'indépendants atteints d'un cancer, les experts peuvent déduire, sur base des entretiens approfondis avec des experts et des représentants des indépendants, que les messages clés en ressortent sont comparables au vécu des indépendants atteints d'autres maladies chroniques. L'étude et l'enquête auprès des travailleurs indépendants ont également révélé plusieurs points d'action concrets en faveur d'une politique plus flexible pour les malades de longue durée :

o  Intégrer une « assurance revenu garanti » obligatoire dans le système de sécurité sociale.

o  Lancer des campagnes d'information sur la reconversion professionnelle (lorsque les indépendants ne peuvent plus exercer leur profession après la guérison).

o  Encourager la poursuite de l'analyse de l'autorisation de poursuivre l'activité professionnelle pendant l'incapacité de travail.

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