Des chercheurs de la VUB font revivre les habitants médiévaux d'Ypres

Une recherche interdisciplinaire apporte un nouvel éclairage sur les migrations, les modes de vie, la santé et le statut social dans la métropole médiévale

Des chercheurs de l’Université libre de Bruxelles (VUB) jouent un rôle clé dans l’impressionnante exposition estivale ​ «wONDERLAND » au Musée d’Ypres. Grâce à une recherche interdisciplinaire novatrice portant sur plus d’un millier de squelettes exhumés, ils parviennent à redonner un visage et une voix aux citadins anonymes du Moyen Âge, après des siècles d’oubli.

Pendant la Première Guerre mondiale, Ypres a été pratiquement rasée, et l’ensemble des archives municipales conservées dans les halles aux draps, où se trouve aujourd’hui le musée, a été réduit en cendres. Pendant des décennies, les historiens se sont retrouvés face à un vide total. Les récents travaux de rénovation urbaine à grande échelle ont apporté un changement inattendu à cette situation. Dans le sol argileux de Flandre occidentale, qui a parfaitement conservé les restes, plusieurs milliers de squelettes ont été exhumés sur trois sites différents (deux cimetières paroissiaux : Saint-Nicolas et Saint-Martin, et une léproserie, Hooge Siecken).

« Ce qui a commencé comme une nécessité due à l’absence de sources écrites s’est transformé en un énorme avantage scientifique », explique le professeur Bart Lambert (VUB-SHOC), coordinateur de la partie historique au sein de la VUB. « À l’heure actuelle, il n’y a sans doute nulle part ailleurs en Flandre autant de recherches interdisciplinaires menées sur cette période qu’à Ypres. Nous menons ici une sorte d’enquête sur les lieux du crime vieille de plusieurs siècles . »

Des découvertes surprenantes sur les femmes et les chevaliers du Moyen Âge

Bien qu’Ypres fût au XIIIe siècle une métropole florissante comptant quelque 30 000 habitants et réputée pour son industrie drapière, les analyses chimiques des ossements révèlent une réalité locale surprenante. Grâce à des analyses isotopiques de pointe, les chercheuses de la VUB Rachèl Spros, Charlotte Van Riet et Lucy Koster, sous la direction de Christophe Snoeck, ont cartographié la mobilité de la population.

Les résultats battent en brèche certains clichés tenaces : malgré le commerce international de la draperie, il s’avère que la grande majorité des habitants d’Ypres inhumés étaient d’origine locale ou régionale. Les migrants de longue distance étaient rares. La mobilité qui existait bel et bien (à l’échelle régionale) s’est avérée être motivée au moins autant par les femmes que par les hommes, ce qui va à l’encontre de l’image traditionnelle de la femme médiévale sédentaire.

La pièce maîtresse de l’exposition est le squelette d’un homme du XIe siècle (avant la première mention du nom d’Ypres), enterré dans une tombe prestigieuse en grès ferreux. Une équipe d’ostéologues, dirigée par Barbara Veselka, a mené des analyses ostéologiques sur les restes osseux, en collaboration avec le service d’Anatomie et de Traumatologie de l’UZ Brussel. « L’étude a révélé que l’homme souffrait du syndrome du cavalier, une excroissance osseuse spécifique au niveau de l’os iliaque due à une pratique intensive de l’équitation », explique le chercheur Martijn Jacobs. « Cela indique l’existence d’une élite locale précoce. Parallèlement, les isotopes indiquent qu’il a grandi dans la région : il s’agit donc probablement d’un véritable leader « self-made » originaire d’Ypres. »

Par ailleurs, les ouvriers ordinaires ont eux aussi laissé des traces : sur de nombreux squelettes datant du XIIIe siècle, on a retrouvé de profondes entailles dans les dents, causées par le nettoyage répété ou le tendage des fils utilisés dans les métiers du filage et du tissage.

La science en vitrine

wONDERLAND n’est pas seulement une exposition historique ; c’est un hommage à l’ingéniosité scientifique elle-même. Les visiteurs se mettent littéralement dans la peau des chercheurs. La dernière partie de l’exposition est entièrement consacrée aux méthodes utilisées dans la recherche interdisciplinaire de la VUB. Grâce à des modèles interactifs, des visualisations et des applications pratiques, le grand public découvre comment l’analyse isotopique et la recherche ostéologique, appuyées par des équipements de pointe tels que les scanners CT, sont mises à contribution pour percer les secrets du tissu osseux.

L’exposition au Musée d’Ypres (situé dans les Lakenhallen reconstruites) bénéficie du soutien de la municipalité d’Ypres et se tiendra jusqu’au printemps 2027.

La contribution de la VUB à cette recherche s’inscrit dans le cadre du projet ambitieux « The Make-up of the City », mené par les groupes de recherche « Social History of Capitalism » (SHOC), ​ «Archaeology, Environmental & Geo-Chemistry (AMGC) et de Physiologie humaine (MFYS) de la VUB, en étroite collaboration avec l’UZ Brussel.

Sur le plan scientifique, le Musée d’Ypres a collaboré avec l’Agence du patrimoine immobilier, CO7, l’Université libre de Bruxelles, la KU Leuven et l’UGent.

Pour plus d’informations :

Contact :Bart Lambert : bart.lambert@vub.be

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Frans Steenhoudt

Frans Steenhoudt

Perscontact wetenschap en onderzoek

 

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